antéchrist

[…] Nous avions contre nous tout le pathos de l’humanité — sa conception de ce qui devait être la vérité, le service de la vérité. Chacun des impératifs « tu dois » était jusqu’à présent dirigé contre nous… Nos objets, notre allure silencieuse, circonspecte, méfiante — tout leur semblait absolument indigne et méprisable. — En dernière instance, il y avait lieu de se demander, avec quelque raison, s’il n’y avait pas un certain raffinement esthétique à retenir l’humanité dans un si long aveuglement : elle exigeait de la vérité un effet pittoresque, elle exigeait de même que celui qui cherche la connaissance produise sur les sens une forte impression. […]

Friedrich Nietzsche, XIII « L’Antéchrist. Essai d’une critique du christianisme», 1895

se defendre

Nous sommes ici au cœur du débat sur la violence et la non-violence et de la question de la contamination de la violence des dominant.e.s chez les dominé.e.s. L’usage de la violence est alors communément refusé selon deux arguments : soit, au nom d’un effet de mimétisme qui transformerait les dominée.s en dominant.e.s ; soit, au nom d’un risque d’amplification réactive qui décuplerait la violence des dominant.e.s plutôt que de l’arrêter. Selon Robert Williams, ce débat relève de l’idéologie et semble n’être qu’une autre façon de désarmer les opprimé.e.s : d’où son opposition farouche à une stratégie non-violente de principe.[…]

Elsa Dorlin, « Se défendre. Une philosophie de la violence », Paris, Zones, 2017

affaire Dreyfus

« Je l’ai démontré d’autre part : l’affaire Dreyfus était l’affaire des bureaux de la guerre, un officier de l’état-major, dénoncé par ses camarades de l’état-major, condamné sous la pression des chefs de l’état-major. Encore une fois, il ne peut revenir innocent sans que tout l’état-major soit coupable. »

Émile Zola, J’accuse…!, 1898