antéchrist

[…] Nous avions contre nous tout le pathos de l’humanité — sa conception de ce qui devait être la vérité, le service de la vérité. Chacun des impératifs « tu dois » était jusqu’à présent dirigé contre nous… Nos objets, notre allure silencieuse, circonspecte, méfiante — tout leur semblait absolument indigne et méprisable. — En dernière instance, il y avait lieu de se demander, avec quelque raison, s’il n’y avait pas un certain raffinement esthétique à retenir l’humanité dans un si long aveuglement : elle exigeait de la vérité un effet pittoresque, elle exigeait de même que celui qui cherche la connaissance produise sur les sens une forte impression. […]

Friedrich Nietzsche, XIII « L’Antéchrist. Essai d’une critique du christianisme», 1895

guerre sort de la télé

[…] C’est la guerre. Mais c’est une guerre qui avait commencé depuis très longtemps. On l’avait commencé depuis très longtemps. On la voyait à la télévision, elle est maintenant ici, au coeur même de la France. On la faisait ailleurs, cette guerre, en Irak, au Mali, en Lybie, soi-disant au nom de la démocratie. Elle a fini par sortir des écrans de nos télévisions, par se matérialiser, surgir devant nos yeux, nous secouer, nous tuer, nous pointer du doigts. […]

Abdellah Taïa, Où allons-nous vivre maintenant ?, Multitudes no62